Jumelles 30×60, monoculaire 80×100 : pourquoi ces chiffres sont impossibles

Un monoculaire « 80x100 » ou des jumelles « 30x60 » de poche ne peuvent pas exister. Voici le calcul simple qui le prouve, et comment vérifier n'importe quelle optique en trente secondes.

Vous avez vu passer une publicité pour un monoculaire « 80×100 » à 30 €, ou des jumelles « 30×60 » format de poche. Vous vous demandez si c’est sérieux. Réponse courte : non, et voici comment le vérifier vous-même en trente secondes.

Nous vendons ce type d’appareils. Nous aurions donc intérêt à nous taire. Mais un client déçu qui découvre la vérité après l’achat ne revient jamais — et il a raison. Alors autant l’écrire noir sur blanc.

Ce que veulent dire les deux chiffres

Sur toute optique, la notation est la même depuis deux siècles :

10 × 42
grossissement × diamètre de l’objectif en millimètres

« 10×42 » signifie donc : l’image est dix fois plus proche, et la lentille avant mesure 42 mm de diamètre. Rien de plus.

Pourquoi « 80×100 » ne peut pas exister dans votre main

Le problème du diamètre

Un objectif de 100 mm, c’est dix centimètres de verre. La largeur d’une main. Un instrument doté d’un tel objectif ressemble à une lunette astronomique : il pèse plusieurs kilos et se pose obligatoirement sur un trépied.

Regardez la photo du produit qu’on vous propose. L’objectif fait la taille d’une pièce de deux euros, soit environ 40 à 50 mm. Ce n’est pas un défaut de l’appareil — c’est simplement que le chiffre annoncé n’a aucun rapport avec l’objet vendu.

Le problème du grossissement

À 80×, le moindre tremblement de votre main est multiplié par quatre-vingts. Tenu à bout de bras, vous ne verriez qu’une image floue qui danse : impossible de fixer quoi que ce soit. Les astronomes utilisent ces grossissements, mais sur des instruments montés sur des trépieds lourds, et uniquement sur la Lune ou les planètes.

Le calcul qui règle la question

Il existe une valeur simple à calculer, et elle est implacable : la pupille de sortie. C’est le diamètre du faisceau lumineux qui arrive dans votre œil.

pupille de sortie = diamètre de l’objectif ÷ grossissement

Faisons le calcul pour un « 80×100 » :

100 ÷ 80 = 1,25 mm

Votre pupille, elle, s’ouvre entre 2 mm en plein jour et 5 à 7 mm dans l’obscurité. Avec un faisceau de 1,25 mm, vous regarderiez à travers un trou d’épingle : l’image serait sombre, minuscule, et impossible à garder dans l’axe.

Pour comparaison, un bon 10×42 donne 4,2 mm — confortable de jour comme au crépuscule.

Les jumelles « 30×60 » de poche : le même procédé

Celles-là sont encore plus faciles à démasquer, parce que le fabricant écrit lui-même la preuve sur le boîtier.

Sur le corps de l’appareil, à côté du « 30×60 », vous lirez souvent :

126 m / 1000 m  —  champ 7,2°

Le champ de vision est directement lié au grossissement : plus on grossit, plus on voit étroit. Un champ de 7,2° correspond à un grossissement d’environ 8×. À 30×, le champ tomberait autour de 2°, soit une trentaine de mètres à mille mètres, pas 126.

Les deux chiffres gravés sur le même boîtier se contredisent. C’est le champ de vision qui dit la vérité, parce qu’il se mesure : le grossissement, lui, est simplement imprimé.

Ajoutez le calcul de tout à l’heure : 60 ÷ 30 = 2 mm de pupille de sortie sur un appareil censé servir le soir. Et mesurez l’objectif d’une compacte pliante : il fait 21 à 25 mm, pas 60.

Vérifier n’importe quelle optique en trente secondes

  1. Regardez la taille de l’objectif sur la photo. Comparez-le à la main qui tient l’appareil. Un 50 mm fait la largeur de trois doigts. Au-delà, l’appareil ne tient plus dans une poche.
  2. Divisez l’objectif par le grossissement. En dessous de 3 mm, l’appareil sera sombre. En dessous de 2 mm, inutilisable.
  3. Cherchez le champ de vision. S’il est indiqué et qu’il dépasse 6°, le grossissement réel est faible, quoi qu’annonce l’étiquette.
  4. Méfiez-vous des grossissements supérieurs à 20× sur un appareil tenu à main levée. Même s’ils étaient réels, ils seraient inexploitables sans trépied.

Et les autres chiffres gonflés

Le procédé ne s’arrête pas aux jumelles.

  • « 4K » sur un appareil de vision nocturne — désigne presque toujours le format du fichier enregistré, pas la définition du capteur, qui est très inférieure.
  • « 112 MP » ou « 36 MP » sur ces mêmes appareils — obtenu par interpolation logicielle : le logiciel agrandit une image de faible définition, sans ajouter le moindre détail.
  • « Zoom 16× » sur une caméra numérique — presque toujours un zoom numérique. Il agrandit les pixels existants ; au-delà de deux ou trois fois, l’image se dégrade visiblement.
  • « Portée 80 000 m » — un projecteur infrarouge de poche éclaire à quelques centaines de mètres au mieux, en terrain dégagé et par nuit sèche.

Ce qu’il faut retenir

Un chiffre imprimé sur une boîte n’engage personne. Un champ de vision, un diamètre d’objectif et une pupille de sortie, eux, se vérifient.

Cela ne veut pas dire que ces appareils sont mauvais. Un « 80×100 » est en réalité un monoculaire correct de 10 à 12× avec un objectif de 40 à 50 mm : à moins de 40 €, c’est un achat honnête. Ce qui pose problème, c’est l’étiquette, pas l’optique.

Sur notre catalogue, nous indiquons systématiquement quand une annonce du fabricant nous paraît exagérée, y compris sur les produits que nous vendons. Vous le lirez sur les fiches concernées.

Pour aller plus loin

Une question sur un appareil précis, ici ou ailleurs ? Écrivez-nous. Nous vous dirons ce qu’il vaut, même si nous ne le vendons pas.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

🇫🇷
🇫🇷
🇬🇧
🇪🇸
🇮🇹
🇩🇪